La nuit du patrimoine

le 20 juin 2009 par admin

La nuit du patrimoine met en valeur le palmier du Sud-Ouest
par Philippe DUHAMEL, de l’Association Fous de Palmiers

L’Association Fous de Palmiers est heureuse de participer cette année à la Nuit du Patrimoine organisée dans cette commune de Morizès, pour présenter un végétal faisant aussi partie du patrimoine régional, le palmier, au même titre que nos vieux clochers ou nos vieilles maisons qui gardent la mémoire du temps et des anciennes générations.

Si le palmier devant lequel nous nous trouvons, a été planté là, ce n’est certes pas par hasard. Si les palmiers, plantes exotiques, comme les cèdres du Liban ou de l’Atlas, les magnolias d’Asie, ou encore les séquoias d’Amérique, ont été introduits un jour dans notre douce région du Sud-Ouest dès la fin du XIXè siècle, c’est que profitant du développement des voyages et des perspectives d’expansion économique à l’époque coloniale, des hommes ont cru au futur et sont allés chercher aux quatre coins du Monde les plus beaux arbres qui pouvaient pousser dans notre région, pour les offrir aux générations futures. Ces arbres avaient été choisis en raison de leur beauté, de leur taille et de leur durée de vie exceptionnelles. L’accès direct à la mer par la Garonne, puis par l’estuaire de la Gironde, a favorisé leur importation. Les responsables forestiers soulignent toujours que, lorsque l’on plante un bel arbre, c’est pour faire plaisir surtout à nos enfants et à nos petits-enfants. Ainsi, on peut se réjouir de la haute civilisation dont témoignent de vieux villages comme Morizès : mémoires anciennes, traditions orales, dignités et avant tout ce merveilleux mélange d’obstination et de bienveillance inter-générations.

La mode voulait à la Belle Epoque en Aquitaine, qu’on plante un palmier, dès que naît un fils. C’était aussi pour commémorer le départ ou le retour d’un parent pour les colonies, le passage du Cap Horn pour un capitaine au long cours, comme d’usage sur les côtes bretonnes. L’âge et les hivers rudes des années 80 ont eu raison de beaucoup de palmiers, mais jamais de l’espèce de palmier que vous admirez et que je vais vous appeler  » Palmier de Chine  » pour vous épargner son nom scientifique plus ennuyeux. Ce type précis de palmier se complaît plus particulièrement dans le Sud-Ouest, parce que le climat l’été y est à la fois chaud et humide. Par contre, il ne craint pas les grands gels exceptionnels, mais réguliers, entre – 12°, comme l’hiver dernier et – 19°, comme l’hiver 1985, ce qui explique que c’est le palmier qu’on rencontre dans tout le Sud-Ouest, du Cap Ferret à la Réole ou de Bergerac à Pau.

Nous avons parlé de Bordeaux, mais à Pau, par exemple, une colonie anglo-américaine fortunée a favorisé l’implantation de ce palmier devant les belles villas, ce qui leur donnait un air de Riviera semblable à celles de Nice, San Remo ou Naples. Cet engouement a donné naissance en 1898 à la palmeraie face à la gare de Pau, encore visible aujourd’hui.. D’ailleurs, ce soir, à l’occasion de la Nuit du Patrimoine, un texte sur la symbolique et l’historique de l’implantation de ce palmier est lu également dans le parc du château de Billère près d’une allée de vieux Palmiers de Chine. Cette tradition s’est donc perpétuée jusqu’à ce jour à Morizès et je vous encourage à la maintenir encore longtemps vivante.

Le premier palmier de ce type fut planté en Aquitaine en 1859, il y donc 143 ans, au Jardin Botanique de Bordeaux, par le conservateur de l’époque, Durieu de Maisonneuve, qui participa avec d’autres savants à l’exploration scientifique de l’Algérie. C’était l’un des tout premiers palmiers plantés en France avec d’autres plantés à Brest et à Montpellier. Vous pouvez encore admirer sa fine et haute silhouette de nos jours, il a survécu en effet aux hivers les plus rigoureux depuis cette date, parce que son origine géographique se situe précisément dans les montagnes enneigées de Chine centrale et du Japon. On l’appelle encore  » palmier à chanvre  » parce que son tronc (pour un palmier on parle plutôt du stipe) est couvert, comme vous pouvez le voir, d’un épais crin, qui fut jadis très employé en France, pour rembourrer des matelas et fabriquer des sandales. Ce crin est utilisé en Chine pour la fabrication d’objets vestimentaires ou d’artisanat.

Nous voici arrivés au terme de cette rapide évocation. Espérons qu’elle vous aura permis de porter un regard nouveau pour ce végétal auquel nous pourrions ne plus prêter attention à force de le côtoyer, et pourquoi ne susciterait-elle pas une envie d’aller plus loin dans la connaissance du monde des palmiers. L’Association Fous de Palmiers, dont je suis membre, reste à votre entière disposition pour vous faciliter cette connaissance.

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