Reportage à Dubaï

le 20 juin 2009 par admin

LES EMIRATS ARABES UNIS ENTRE TRADITIONS ET MODERNISME

Au début du XX° Siècle Dubaï est un modeste port de pêcheurs de perles situé à l’extrémité de la crique, dans le quartier de Shindaga, sous occupation britannique. C’est là qu’on trouve les constructions traditionnelles avec les célèbres tours à vent. Le déclin de l’industrie perlière intervient suite aux conséquences de la Première guerre mondiale, mais aussi à l’introduction sur les marchés américains et européens des perles de culture japonaises. Heureusement les énormes ressources provenant de l’exportation du pétrole prennent le relais et assurent une résurrection économique de la région. Parallèlement le désensablement de la crique favorise un développement du trafic portuaire. Le Cheikh Zayed devient une figure emblématique des Emirats en entreprenant une très ambitieuse urbanisation. Il laisse son nom à la célèbre autoroute reliant Dubaï à Abu Dhabi. Les 7 émirats obtiennent leur indépendance politique en 1971. Les 7 émirs se réunissent à Dubaï et fondent la Confédération des Emirats Arabes Unis. La Confédération a une monnaie unique, mais chaque Emirat garde ses propres lois et sa propre police. Les Emirats figurent aujourd’hui parmi les dix pays les plus prospères, bien que leurs richesses soient détenues par seulement 24 % de la population, alors que les trois quarts de ses habitants sont des étrangers, essentiellement d’origine indienne, qui assurent une main-d’œuvre bon marché, que ce soit dans les chantiers de travaux publics, les magasins, les taxis et même les services publics. La langue officielle reste l’arabe, mais la langue la plus parlée est l’anglais, tout comme la langue écrite. Dans les librairies, la plupart des livres ou des journaux sont en anglais. Malgré le nombre important d’étrangers, l’ordre règne partout et la régulation du trafic composé uniquement de grosses voitures ferait pâlir d’autres capitales arabes comme Le Caire ou Beyrouth.

Les réserves de pétrole des Emirats Arabes Unis représentent le 4° rang mondial avec près de 98 milliards de barils, soit plus de 9 % des réserves mondiales. Quant aux réserves de gaz, elles représentent le 5° rang mondial. Les Emirats ont engrangé en 2003 le plus gros revenu pétrolier de leur histoire avec un chiffre d’affaires de 29,5 milliards de dollars.

Ces réserves devant s’épuiser un jour, la famille Maktoum qui dirige l’Emirat de Dubaï a décidé de faire la capitale du Tourisme de luxe l’une de ses priorités pour assurer la pérennité de la prospérité économique de son Emirat au-delà du pétrole et d’en faire le nouveau carrefour au Moyen-Orient comme Beyrouth autrefois. La ville de Dubaï est devenue une importante place bancaire et financière, mais aussi le plus gros chantier du Monde avec sa main-d’œuvre asiatique. Récemment une société dubaïote voulait acheter cinq ports aux Etats-Unis, ce qui a suscité une vive réaction américaine. La compagnie aérienne Emirates vient de commander 45 Airbus A 380 d’une capacité de 575 sièges chacun. Dubaï, c’est aussi le royaume de la démesure. L’hôtellerie représente déjà 60 % des bénéfices engendrés par le tourisme. La relative petitesse de la bande côtière de l’Emirat se limite à 50 km maximum. On y trouve déjà le plus long front de mer bâti au Monde : une trentaine de kilomètres est occupée par une suite ininterrompue d’hôtels à partir de la plage publique de Jumeirah en direction d’Abu Dhabi. Le plus prestigieux de ces hôtels est sans aucun doute le célébrissime Burj Al Arab, la Tour des Arabes, haute de 321 m, le seul hôtel 7 Etoiles au Monde. A l’instar des Twin Tower détruites de New-York, les deux Emirates Tower représentent un symbole fort de la nouvelle puissance du Moyen Orient. Comme si tout cela ne suffisait pas, la tour la plus haute du Monde, Burj Dubaï, est en construction, sa hauteur sera supérieure à 560 m, battant ainsi le record de la tour de Taipei qui mesure 509 m. La longueur de la bande côtière de 50 km ne suffisant pas pour construire tous les hôtels en projet, les responsables de Dubaï ont décidé comme ceux de Monaco de gagner la surface manquante sur la mer, en construisant les trois plus grandes îles artificielles du Monde, Palm Jumeirah, Palm Jebel et Palm Deira, en forme de palmiers, enrichissant ainsi le littoral de 120 km de plages supplémentaires. On estime à une centaine le nombre de palaces qui ouvriront leurs portes dans les 5 ans à venir.

Toute cette démesure ne pouvait pas ne pas susciter des jalousies, ni des spéculations sur un krach boursier. Récemment encore les cours de la bourse ont très fortement chuté, en raison d’une baisse momentanée des cours du pétrole. Mais, jusqu’à présent personne n’a réussi à faire éclater la bulle. Le duty free de l’aéroport de Dubaï créé en 1983 par l’Irlandais Colm Mc Loughlin reste le premier du monde. Le marché de l’or, situé à l’origine dans le souk de Deira, occupe maintenant, vu son importance, un immeuble moderne du quartier de Karama. Il attire toute la péninsule indienne, l’Afrique centrale et l’Asie centrale jusqu’à la Chine. L’absence d’impôts ou de tout autre taxe explique le prix hypercompétitif de ses articles.

Dubaï est un immense centre commercial, mais aussi l’un des endroits les plus ouverts et tolérants du Golfe. Religions, styles de vie et vêtements de tous horizons s’y côtoient souvent, à condition, bien sûr, de ne pas porter de tenue trop provocante, n’oublions pas que nous sommes dans un pays musulman et que l’alcool est normalement interdit en dehors des bars des grands hôtels. Ni les puissants voisins saoudiens, qui viennent  » s’éclater  » dans l’émirat tous les week-ends, comme la jeunesse dorée libanaise, tout en réprouvant la libéralisation des moeurs, ni le géant islamiste iranien tapi de l’autre côté du Golfe persique, n’ont réussi à changer l’état de la situation.

Malgré la modernisation à marche forcée de l’émirat, il reste toujours possible aux boutres traditionnels de l’Océan Indien, grâce au désensablement de la crique, de décharger leurs marchandises en provenance d’Iran ou de la péninsule indienne, comme ils le font depuis des siècles. Les cargos géants préfèrent le port Rashid ou le nouveau port en eaux profondes de Jebel Ali. D’autres petits bateaux traditionnels, les  » abras « , permettent aux touristes de relier les deux quartiers traditionnels de Deira (souk de l’Or) et de Bur Dubaï (souk textile).

Le Cheikh Mohammed al Maktoum est émir de l’Emirat de Dubaï, vice-président et premier ministre des Emirats Arabes Unis. Grand amateur de chevaux, il est un cavalier émérite. Le fronton du porche d’entrée de son palais représente un groupe de chevaux. Aimant beaucoup les animaux, il a tenu à ce que l’immense allée bordée de palmiers-dattier menant à son palais soit peuplée d’une colonie de magnifiques paons. Propriétaire de la célèbre écurie Goldophin, il a fait construire dans le désert un hippodrome, qui a le style fleuri de l’hippodrome de Vichy, tout en ayant les dimensions de l’hippodrome de Longchamp. Les courses ont toujours lieu la nuit, les chevaux ne pouvant pas supporter la chaleur du jour. A côté de l’hippodrome se trouve un autre champ de courses unique au monde : il est réservé aux chameaux. Ces derniers habitués aux conditions du désert peuvent s’entraîner le jour. Le Cheikh Mohammed, très populaire dans son pays, est aussi grand amateur de fauconnerie, méthode de chasse traditionnelle des hommes du désert baptisée aussi le  » sport des princes « . Lorsque le faucon est au repos sur son perchoir, sa tête est recouverte par un masque de cuir qui l’empêche d’être effarouché par les nuisances extérieures.


BIBLIOGRAPHIE : Guide Antipodes Dubaï, Paris, 2005

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