Du Jardin Botanique de Bordeaux aux Palmiers du Bordelais

le 23 juin 2009 par admin

La France compte une quinzaine de jardins botaniques, disséminés de Brest à Menton, plusieurs fois centenaires : Paris, mais aussi ceux de Nantes, Strasbourg, Dijon, avec des spécialités (Lotus sacrés à Montpellier), etc. Les plantes exotiques et palmiers, poussant sous d’autres climats, doivent être exposés dans des serres (Serres d’Auteuil à Paris, serre tropicale sèche de la Tête d’Or à Lyon, serres de Nantes, serre tropicale humide du Parc Phoenix à Nice). Bordeaux, bien que n’ayant pas un climat aussi généreux que celui de la Côte d’Azur, se situe en zone 8 et bénéficie de la douceur du climat atlantique sud.

C’est la vocation portuaire de Bordeaux qui est à l’origine de la création, en 1784, d’un centre d’acclimatation de plantes provenant du monde entier. Il est le témoin d’une ouverture au-delà des mers. Tandis que des botanistes entreprennent, au XVIIIe siècle, de répertorier la flore locale, le Jardin Botanique s’enrichit de collections de plantes venues d’Afrique, des Antilles, d’Amérique, que l’on tente d’acclimater. Il est l’ancêtre d’institutions comme l’INRA. Il demeure aujourd’hui un centre d’études scientifiques incontournable, en raison de son exceptionnelle documentation, avec notamment des herbiers totalisant plus de 30000 planches, une bibliothèque d’environ 6000 volumes, dont les trois tomes Historia naturalis palmarum (Histoire naturelle des palmiers) 1823-1850 de CFP von Martius en latin sur les palmiers du Brésil (on n’en connaît aujourd’hui que de très rares exemplaires dans le monde et la collection complète des trois volumes qu’en un seul exemplaire) que viennent consulter des spécialistes de nombreux pays. C’est un carrefour d’échanges internationaux dont on ne soupçonne pas un seul instant l’importance : l’établissement distribue en moyenne 7000 à 10 000 semences par an à quelques 750 jardins botaniques correspondants dans le monde entier et reçoit l’équivalent pour alimenter ses collections.

phoenix dactylifera
Phoenix dactylifera du jardin public…

Parmi les anciens directeurs du Jardin Botanique, certains furent des botanistes de grande notoriété, citons, par exemple, J.-F. Laterrade, fondateur, en 1818, de la Société Linnéenne de Bordeaux (la plus ancienne du monde après celle de Londres). Il y avait aussi Durieu de Maisonneuve (1796-1878), qui établit, avec la complicité du paysagiste L.B. Fisher, le jardin dans son ordonnance actuelle et qui participa, avec d’autres savants, à l’exploration scientifique de l’Algérie. C’est lui qui planta, en 1859, le premier Trachycarpus fortunei (appelé à l’époque Chamaerops excelsa) au Jardin Botanique de Bordeaux, après la plantation d’un autre sujet à Montpellier; certaines personnes ont cité la date de 1857, engageant une controverse à propos de la date de la première plantation, mais nous avons vérifié l’article de la Société Botanique de France – séance du 12 juillet 1861 qui relate cette plantation. Ce Trachycarpus le plus vieux de Bordeaux est toujours vivant : il résista à une température de – 10 °C, un an après sa plantation et à une température de – 19 °C l’hiver 1985, ce qui ne nous étonnera pas pour un palmier de ce genre. Le même hiver, deux autres Trachycarpus plantés peu de temps après, ainsi qu’un groupe de dix plantés dans les années 1890 à 1906 (on ne sait pas quand exactement) dans le Jardin Public, dont le Jardin Botanique constitue l’un des éléments, résistèrent de la même façon. La silhouette élancée et fine de ces dix Trachycarpus ressemble étrangement à celle de leurs cousins de Pau, témoins d’une première époque de plantation intense et d’engouement pour les palmiers, au cours de laquelle les  » Fous  » de l’époque plantaient du Phoenix d’Hyères à Menton et du Trachycarpus dans tout le Sud-Ouest, de la presqu’île d’Ambès au Béarn, en passant par les Landes et le Gers. Comme la roue tourne, une nouvelle époque de plantation intense de palmiers se reproduit, cette fois avec du Phoenix canariensis importé d’Espagne à bas prix et répandu par les pépiniéristes dans toutes les régions de France, ce qui n’est pas une bonne chose, puisque cette espèce est beaucoup moins résistante au froid que le Trachycarpus fortunei. Pourtant certains Phoenix canariensis plantés par les services municipaux de la banlieue bordelaise commencent à prendre une fière allure, par exemple au rond-point près du magasin Géant Casino à Pessac-Bergson, ainsi que dans le centre de Gradignan, près de l’église où on peut admirer un groupe de trois beaux sujets. Pour en revenir à la première période d’expansion des palmiers qui correspondait à la Belle Époque, le Bordelais, comme ailleurs, cultivait le goût de l’exotisme, les bateaux ramenaient des colonies des cèdres du Liban et de l’Atlas ou des cyprès chauves d’Amérique. La mode alors voulait qu’on plante un palmier dès que naissait un fils (récemment un visiteur sur le forum du site Internet des Fous demandait encore quelle variété de palmier planter, à l’occasion d’une naissance). C’est peut-être la raison pour laquelle on voit autant de Trachycarpus devant les vieilles maisons de maître du Bordelais et que le palmier reste encore un emblème de la maison girondine. L’actuel conservateur du Jardin Botanique, M. Philippe RICHARD, qui nous reçoit si gentiment, nous explique, par exemple, qu’un Washingtonia robusta, qui ne représente probablement pas l’espèce la plus adaptée à la région atlantique, a failli ne pas résister à 3, 4 jours de pluie verglaçante. M. Richard en avait perdu un autre par une température de – 13 °C au Jardin Botanique de Nantes, quand il était en poste dans cette ville. La merveille du Jardin Public de Bordeaux est un superbe Phoenix dactylifera qui, à mon grand étonnement, se plaît très bien dans le Bordelais (il fut planté adulte en 1997, lorsque M. Richard le récupéra après un Salon VINEXPO au Parc des Expositions de Bordeaux-Lac). On peut encore voir deux Sabal minor assez remarquables, un Butia bonnetii et trois jeunes Phoenix canariensis. Les rares beaux vieux Phoenix canariensis qu’on puisse voir dans le Bordelais se trouvent soit dans des bacs en centre-ville de Bordeaux (au croisement du Cours de l’Intendance et de la rue Montesquieu, devant le Grand Café), soit en pleine terre dans la cour protégée des vents du nord et de l’est du Château de Ste-Barbe, au bord de la Garonne, dans la presqu’île d’Ambès.

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