Extraits

le 20 juin 2009 par admin

Le  » Pays du Coquelicot « 

Enrôlés de force par les Britanniques, des Chinois sont enterrés au cimetière chinois de Nolette, près d’Abbeville, et des hindous, les fameux lanciers du Bengale, autres oubliés de la Grande Guerre, reposent au cimetière britannique et indien de Péronne-La Chapelette. Leurs noms nous ramènent au temps des comptoirs français, du commerce des épices et de la soie ou au livre de Rudyard Kipling, le  » Livre de la jungle  » (1894). Combien d’entre nous sont au courant de leurs sacrifices pour notre liberté ? Heureusement des coquelicots poussent sur ces terres bouleversées de la Somme et de l’Artois pour nous rappeler tout le sang versé pour nous. Une légende chinoise raconte que le coquelicot était à l’origine une fleur blanche qui se teinta en rouge du sang des morts, à la suite d’une bataille. Après la guerre 14 – 18, on constata partout sur le front que c’était la fleur qui poussait sur les champs de bataille. La Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie, et la Nouvelle-Zélande qui ont perdu tant de jeunes soldats sur cette terre, l’ont adopté comme emblème et leurs habitants le portent fièrement à la boutonnière le jour anniversaire du 11 novembre. On en dépose des couronnes au pied des monuments élevés à la mémoire des troupes du Commonwealth. Cette plante de la famille des pavots a des vertus médicinales. Elle résiste aux herbicides et pousse dans les sols arides. Fleur frêle et vulnérable, elle se tient pourtant droite au soleil dont elle réfléchit la couleur intense. Moi, je la vois toute rouge se détacher d’un fond de ciel bleu et elle me renvoie aux uniformes bleu-horizon avec pantalon rouge des premiers soldats de la guerre de 1914 qui montaient à l’assaut des lignes allemandes. Le coquelicot fleurit partout, même sur les bords de route, comme pour nous embellir la vie. Généreux, il nous donne une sacrée leçon d’humilité et de confiance en soi, d’amour et de réconciliation avec le passé. C’est le symbole de la renaissance après la mort. Suivons la voie du coquelicot ! Voyons en lui, comme en nous, la part du divin et du caractère éternel, et non la vulnérabilité. Sans rechercher l’inaccessible, sachons vivre avec intensité l’instant présent, car demain sera une autre histoire. Savoir lâcher prise, sans stress et sans tension. A la vue du coquelicot, la paix commence à régner, l’émotion passe, le sang passe mieux dans les artères et les veines, l’air nouveau s’engouffre dans nos poumons pour mieux rejeter l’air mauvais, la sérénité gagne la demeure du cœur.

(in La Pièce rapportée, Les non-dits et les mal-dits, Editions Publibook, Paris, 2004)


 » Le retour à la nature « 

Au fond de celui-ci (le jardin), il y a un grand peuplier qu’on aperçoit de loin dès que l’on se dirige vers ma maison, c’est donc un point de repère. Sa taille imposante lui confère de nombreuses qualités : il surveille les alentours. Mon épouse me dit :  » C’est le gardien du seuil.  » Déplumé l’hiver, il fait penser le matin à un chandelier à neuf branches qui se détache du feu du soleil levant. Son grand âge impose le respect et les rides de son vieux tronc font penser à celles d’un vieil olivier, lui accordant encore une majesté supplémentaire. Ce peuplier ne cache pas ses sentiments : il a tellement pompé l’eau de cette nourricière composée de graves les jours de pluie qu’il semble nous la rendre à travers ses rides et que j’ai l’impression qu’il pleure. Ses larmes provoquent un fin brouillard qui ruisselle sur son tronc, toujours à la même place, comme pour laisser des traces. Pleure-t-il de chagrin, regrettant sa jeunesse, ou pleure-t-il parce que les enfants du Sahel manquent d’eau, alors que nous en avons trop parfois ? Non, je crois plutôt qu’il pleure de joie, voyant comment un homme arrive à communiquer avec lui. Non, il ne cache pas ses sentiments, ni sa générosité. Même les jours où il n’y a pas de vent, il a toujours deux ou trois feuilles qui bougent et nous font coucou à l’extrémité de ses branches pendant la période de frondaison, c’est pour cela qu’on lui donne le nom de tremble. Assis sur ma terrasse, je passe des heures à le regarder bouger les jours de vent, ses branches balancent, je crois entendre le bruit de la mer, du flux et du reflux. Il nous surveille et nous lui rendons bien cette attention. Une complicité nous unit également entre les hommes et les plantes.

Le matin calme
Les oiseaux chantent
Le rêve continue

La légèreté des albizzias
Vaut bien celle des dentelles
Et la couleur des pastels

Senteurs du soir
Cascades sans fin
Le sommeil monte

(in La Pièce rapportée, Les non-dits et les mal-dits, Editions Publibook, Paris 2004)

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